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Interview

Vous avez été reconnu à l’âge de 3 ans comme la réincarnation d’un grand yogi du XIième siècle, personnage capital de la lignée Shangpa Kagyu. Depuis lors, vous portez le titre de Rinpoche. Comment devient on Rinpoche ? Qu’est-ce que cela signifie ?

Rinpoche signifie précieux. Mais au départ, personne ne porte le titre de Rinpoche. Il n'y a pas d'être qui soit Rinpoche de tout temps. Avant d'être Rinpoche, j'ai beaucoup étudié auprès de nombreux maîtres et j'ai suivi avec la plus grande diligence et le plus correctement possible leurs instructions. J'ai obtenu les qualités spirituelles du chemin comme la grande compassion, l'esprit d'éveil, la réalisation de la vacuité et mahamudra, et finalement je suis devenu Rinpoche. Tous, nous avons le potentiel de devenir un Rinpoche. Si nous pratiquons correctement avec énergie, nous deviendrons Rinpoche. Mais si nous ne faisons rien, nous resterons un être ordinaire. Notre futur est entre nos mains.

Qui était Rinchen Tseundruk, le premier Mogchok Rinpoche ?

Très jeune, Rinchen Tseundruk a dédié sa vie à la pratique spirituelle. Il a rencontré de nombreux maîtres dont le très précieux Kyoungpo Neldjor. Ce dernier était entouré d’un grand nombre de disciples, mais parmi eux se distinguaient 4 pratiquants aux qualités supérieures. Rinchen Tseundruk était l’un d’entre eux. A ces quatres élèves, le très précieux maître Kyoungpo Neldjor transmit des enseignements particuliers qui ne devaient pas être diffusés au plus grand nombre mais seulement à ceux qui avaient les capacités de les mettre en pratique et de les garder purs pour les transmettre aux générations futures. Le très précieux maître Kyoungpo Neldjor a ainsi conféré à Rinchen Tseundruk, entre autre chose, les enseignements et instructions concernant les pratiques de Mahakala et de Mahamudra. Ensuite Rinchen Tseundruk s’est retiré en un lieu isolé dans la montagne au-dessus du village de Nyetang. Il a recueilli le fruit de ses pratiques, sa réputation grandissant, des pratiquants bouddhistes se sont regroupés autour de ce lieu pour chercher ses enseignements et ses conseils. Le très précieux Kyoungpo Neldjor a également offert à Rinchen Tseundruk une très précieuse petite statue du protecteur. Jusqu’à l’arrivée des chinois au Tibet, cette statue était toujours au monastère de Silwa Tsel au Tibet dans le Temple des Protecteurs. Tous les ans, lors des fêtes de la nouvelle année, le coffret dans lequel la statue était conservée était ouvert, de nouvelles tormas étaient confectionnées et disposées en offrande et des pujas étaient conduites par les moines du monastère et Mogchok Rinpoche. De nombreuses personnes de toute la région se rendaient à Silwa Tsel pour recevoir les bénédictions. Lors de la révolution culturelle, cette statue fut détruite par les gardes rouges. Les tibétains présents, recueillirent ce qu’ils pouvaient des débris. Lorsque que je fis reconstruire la statue monumentale de Mahakala, les restes de la précieuse statue offerte par le grand maître Kyoungpo Neldjor furent enchâssées dans son cœur. Dans votre vie précédente, vous étiez un maître très connu et très respecté. Vous avez étudié au collège monastique de Drepung d’obédience Gelugpa et dispensé de très nombreux enseignements selon cette lignée.

Est-ce que cela signifie que vous êtes désormais un lama Gelugpa ?

La précédente incarnation de Mogchok Rinpoche, le précieux Kyabje Jampa Yeshe a étudié en profondeur la philosophie à l'université monastique de Drepung à proximité de Lhassa et les Tantras à l'université tantrique de Gyumé. Par la suite, Rinpoche a effectivement donné des enseignements selon la tradition Gelugpa mais il était également détenteur de la lignée Shangpa Kagyu et enseignait les textes de cette tradition. Rinpoche était très connu et respecté. Il avait de très nombreux étudiants de la région de Lhasa et d'autres provinces du Tibet, parmi eux de nombreux officiers du gouvernement. C'est à leur demande que Rinpoche construisit un nouveau monastère à côté du premier, Silwa Tsel. Dans ces deux monastères, la plupart des rituels étaient célébrés selon la tradition Shangpa Kagyud. Les mélodies étaient également chantées selon cette tradition. Avant l'arrivée des chinois au Tibet, dans le monastère de Tashi Detchen étaient conservés les textes de la lignée Shangpa Kagyud gravés à l'encre d'or. Pour ma part, je ne pense pas en terme de lama Gelugpa ou Shangpa Kagyu, je me considère comme un disciple du Bouddha. Toutes les lignées ont pour origine Vajradhara, leur objectif est le même, seules les méthodes changent. Lorsque les traditions sont pures et authentiques, elles sont toutes respectables.

Où avez-vous étudié ? Qui sont vos maîtres ?

J'ai étudié principalement à Dharamsala à l'Institut de Dialectique fondé par Sa Sainteté le Dalaï Lama et également à Drepung, comme l'avait fait mon prédécesseur. Le cursus à l'école de dialectique est de douze ans. Les sept premières années sont consacrées à l'étude de la Prajnaparamita (la Perfection de la Sagesse), la première partie du Pramanavartika (logique) et de Lorik (l'esprit et ses fonctions). Les trois années suivantes portent sur le Madhyamika (la voie du Milieu) et la deuxième partie du Pramanavartika. Les deux dernières années, nous étudions le Vinaya (la discipline) et l'Abhidharma. Tout au long du cursus nous étaient dispensés des cours sur l'histoire du Tibet et de la religion, la grammaire tibétaine, la poésie et la culture. Pendant les cinq dernières années, dès que l'emploi du temps de l'Institut le permettait, je présentais des requêtes aux maîtres imminents présents à Dharamsala afin d'étudier auprès d'eux les Tantras. Mes maîtres sont les très précieux Kyabje Lati Rinpoche, Demma Lochoe Rinpoche, Kirti Tsenshab Rinpoche et mon maître principal, Sa Sainteté le Dalaï Lama. En outre, j'ai étudié les enseignements de l'école Sakya auprès de Sa Sainteté Sakya Trinzin Rinpoche, les enseignements de la lignée Shangpa Kagyu auprès de Bérou Kyentsé Rinpoche et des enseignements Nyngmapa.

Quelles sont vos pratiques quotidiennes?

J'ai reçu beaucoup d'initiations, en conséquent je dois respecter de nombreux engagements, récitations de sadhanas et de mantras. Régulièrement, je récite la pratique des quatre déités Shangpa Kagyu que sont Mahakala, Vajra Yogini, Chenrezi et Tara. Quand je me réveille, je prends refuge en les Trois Précieux Joyaux et je médite sur l'Esprit d'Eveil. Avant de me coucher, je me souviens de ce qui s'est passé dans la journée. Si je constate que mes état d'esprit ou mes actes n'étaient pas en conformité avec les enseignements du Bouddha, alors je récite la prière de confession aux 35 Bouddhas ou le mantra de Vajrassattva. Avant de m'endormir, je prends soin de tourner mon esprit vers le Dharma.